Le glaucome rassemble un groupe de pathologies oculaires caractérisées par une atteinte progressive et irréversible du nerf optique. Cette structure nerveuse, située à l'arrière de l'œil, a pour rôle de transmettre les informations visuelles de la rétine vers le cortex cérébral. Lorsque les fibres nerveuses qui la composent se dégradent, le champ visuel se restreint peu à peu, de la périphérie vers le centre.
La forme la plus fréquente, le glaucome chronique à angle ouvert, évolue à bruit sourd sur plusieurs années. En l'absence de symptômes d'alerte aux stades initiaux, le dépistage précoce constitue le seul moyen d'identifier la maladie avant l'apparition de séquelles visuelles fonctionnelles.
L'enjeu majeur de la prise en charge du glaucome réside dans la préservation du capital visuel existant. Les lésions occasionnées au nerf optique sont définitives : la médecine actuelle ne dispose d'aucun moyen pour régénérer des fibres nerveuses rétiniennes détruites. Un traitement bien conduit, qu'il soit médicamenteux, laser ou chirurgical, permet de freiner ou de stopper la progression de la maladie, mais il ne peut restaurer la vision perdue.
Au début de l'affection, la perte de vision périphérique est compensée par la chevauchée des champs visuels des deux yeux et par la capacité du cerveau à combler les lacunes d'information. Le patient conserve une acuité visuelle centrale optimale (souvent 10/10e), ce qui entretient une fausse impression de bonne santé oculaire. Seul un bilan ophtalmologique ciblé permet de déceler les altérations structurales naissantes.
Bien que le glaucome puisse survenir chez n'importe quel individu, la présence de certains facteurs élève significativement la probabilité de développer la maladie.
L'âge constitue le premier facteur d'incidence. Le risque augmente de façon marquée à partir de 40 ans et s'accroît à chaque décennie. Les antécédents familiaux représentent également une variable déterminante : l'existence d'un cas de glaucome chez un parent au premier degré (père, mère, frère, sœur) multiplie le risque d'apparition par cinq environ.
Une pression intraoculaire (PIO) élevée est le principal facteur de risque modifiable, bien qu'il existe des glaucomes dits "à pression normale". D'autres éléments anatomiques ou vasculaires entrent en ligne de compte, notamment une myopie forte, une cornée fine (mesurée par pachymétrie), des troubles circulatoires systémiques ou le diabète.
Un dépistage complet ne se limite pas à la simple mesure de la tension oculaire. Il repose sur un ensemble d'examens complémentaires et indolores menés lors de la consultation.
La tonométrie permet d'évaluer la pression intraoculaire. Elle est généralement mesurée à l'aide d'un tonomètre à jet d'air ou à aplanation. La norme statistique se situe habituellement entre 10 et 21 mmHg. Cependant, cette mesure doit impérativement être interprétée au regard de l'épaisseur de la cornée, mesurée par pachymétrie. Une cornée épaisse résiste davantage à la pression du tonomètre et peut surestimer le chiffre réel, tandis qu'une cornée fine a tendance à le sous-estimer.
Cet examen consiste à observer l'angle irido-cornéen à l'aide d'un verre de contact spécifique. Il permet de déterminer l'anatomie de la voie d'évacuation de l'humeur aqueuse et de classifier le glaucome (à angle ouvert ou à angle fermé), ce qui oriente directement la stratégie thérapeutique.
L'observation directe de la papille optique à la lampe à fente permet à l'ophtalmologiste d'évaluer son aspect et de rechercher une "excavation", c'est-à-dire un creusement central témoignant de la perte de fibres nerveuses. Pour quantifier cette structure avec une précision micrométrique, l'imagerie par Tomographie par Cohérence Optique (OCT) est utilisée. Cet examen cartographie la couche des fibres ganglionnaires rétiniennes et permet de détecter des amincissements pathologiques très précoces, parfois plusieurs années avant que le patient ne ressente une gêne.
L'examen de périmétrie automatisée mesure la sensibilité de la rétine en différents points du champ de vision. Il permet de repérer des déficits périphériques (scotomes) et d'évaluer le retentissement fonctionnel de la maladie. Il sert également de référence pour contrôler la stabilité de la vision au fil des années.
La stratégie de prévention s'adapte au profil de chaque patient. En l'absence de facteur de risque particulier et de symptôme, il est recommandé d'effectuer un premier bilan de référence à l'âge de 40 ans, puis de le renouveler tous les deux à trois ans.
À partir de 60 ans, la fréquence du contrôle doit devenir annuelle ou biennale. Pour les personnes présentant des antécédents familiaux directs de glaucome ou une hypertonie oculaire isolée, un suivi annuel rigoureux est préconisé dès l'âge de 40 ans, voire plus tôt selon les Recommandations du professionnel de santé.
Oui. Il existe une forme appelée "glaucome à pression normale". Dans ce cas, les lésions du nerf optique surviennent malgré des chiffres tonométriques statistiquement dans la norme (inférieurs à 21 mmHg). Cela s'explique souvent par une vulnérabilité vasculaire du nerf optique ou une sensibilité individuelle accrue à la pression.
Non. L'ensemble des examens constituants le bilan de dépistage (tonométrie, pachymétrie, OCT, champ visuel) sont totalement indolores et non invasifs. Seule la prise de tension ou l'examen du fond d'œil peut parfois provoquer un éblouissement éphémère.
Oui. Les yeux très myopes présentent une élongation axiale qui rend les structures du fond d'œil, notamment le nerf optique et la sclère, plus fragiles d'un point de vue mécanique et vasculaire. Un suivi attentif est donc recommandé chez le sujet fort myope.
L'OCT est un examen structural : il photographie et mesure physiquement l'épaisseur des tissus et des fibres nerveuses. Le champ visuel est un examen fonctionnel : il évalue la capacité de l'œil à percevoir des stimuli lumineux dans l'espace. Ces deux examens sont complémentaires pour poser le diagnostic et suivre l'évolution de la maladie.
On ne guérit pas du glaucome au sens où l'on ne peut pas annuler la maladie. En revanche, un diagnostic précoce permet de stabiliser la situation grâce à des traitements adaptés (collyres, laser ou chirurgie) pour maintenir une pression oculaire sûre et préserver la vision tout au long de la vie.
Cabinet Ophtalmologie Foch à Bordeaux
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